La bataille de Culloden marque la fin de la révolte jacobite initiée en 1745 par Charles Édouard Stuart. Voici l’histoire de cette désastreuse défaite.

Contexte

Charles Édouard Stuart, le “Jeune Prétendant”, débarque à Eriskay, une île du Nord Ouest de l’Écosse, le 23 juillet 1745.

Charles espère obtenir le soutien de la flotte française mais elle est bien mal en point et Louis XV tarde à prendre la décision de le soutenir. Il se retrouve ainsi seul à devoir lever une armée en Écosse. Beaucoup de clans, catholiques ou protestants, soutiennent la cause jacobite et Charles espère un bon accueil afin de créer une insurrection en Grande Bretagne. Il se poste à Glenfinnan (accueilli par quelques MacDonalds) d’où il lève son armée royale en août. Il est rapidement rejoint par plus de MacDonalds, les Camerons, les MacFies et les MacDonnells.
Bonnie Prince Charlie marche alors sur Édimbourg qu’il conquiert sans difficulté.

Le 21 septembre, il triomphe à la bataille de Prestonpans. En novembre, c’est à la tête d’environ 6000 hommes qu’il marche vers le sud. Après avoir pris Carlisle, l’armée descend jusque dans le Derbyshire, en Angleterre (jusqu’au pont de Swarkestone). Le Conseil du Prince se plaint du manque de soutien de sa cause par la France et l’Angleterre. L’hiver et les rumeurs de regroupements massifs de troupes gouvernementales lui font craindre une lourde défaite. C’est contre l’avis du Prince que l’armée fait demi tour afin de regagner l’Écosse.
Les jacobites remportent la bataille de Falkirk Muir le 17 janvier 1746, ce sera leur dernière victoire.

Le prince William Augustus, duc de Cumberland, arrive en Écosse le 30 janvier 1746 et prend la suite de Cope et Hawley, après leurs échecs. Il décide d’attendre la fin de l’hiver et bouge ses troupes au nord d’Aberdeen. Cette période de repos lui a permis d’amasser 5 000 hommes supplémentaires, des mercenaires allemands hessois dirigés par le prince Frédéric II de Hesse-Cassel. Ces régiments bloquent d’ailleurs tout le côté sud afin d’empêcher tout retraite des troupes jacobites.

La météo s’améliorant, le 8 avril, Cumberland décide de reprendre sa campagne et il se dirige vers Inverness. Inverness est une petite ville où sont retranchés plus de 5000 jacobites et leur chef, le prince Charles Édouard Stuart. Le prince décide quitter Inverness et prend le commandement de ses troupes en personnes afin de livrer une bataille qui se profile comme décisive. Contre l’avis de ses officiers supérieurs, le prince Charles choisit le champ de bataille de Culloden…

Les forces en présence

L'armée jacobite

25 régiments pour environ 6000 hommes.

L’armée est principalement composée de highlanders et la plupart sont volontaires. L’armée est dirigée par des nobles et se compose également d’une cavalerie et de quelques unités de lowlanders. Néanmoins, les trois quarts des effectifs proviennent des Highlands et font partie de régiments claniques.

Un régiment clanique est composé d’une minorité de gentlemen (des “tacksmen“, propriétaire terriens) portant le nom du clan et sous leurs ordres, des “clansmen“. Ce sont les gentlemen qui formaient la première ligne lors des batailles. Ils étaient plus lourdement armés que les clansmen mais subissaient régulièrement de lourdes pertes. Seuls les gentlemen étaient équipés de basket hilt, l’épée emblématique écossaise mais la plupart des hommes portaient des armes à feu et notamment beaucoup de fusils espagnols et français.

Le gros problème de l’armée jacobite est son manque de discipline et le manque d’entraînement des officiers. Pour preuve, les colonels du régiment MacDonald de Clanranald et de Keppoch estiment que leurs hommes sont tout simplement incontrôlables…

Lors de la bataille de Culloden, des troupes régulière françaises furent engagées aux côtés des Écossais. Le Royal Écossois (régiment régulier français composé d’écossais) et la Brigade Irlandaise, essentiellement composée de piquets irlandais.

L'armée gouvernementale

19 régiments pour 8000 hommes.

À Culloden, l’armée gouvernementale est composée d’infanterie, de cavalerie et d’artillerie.

Sur les 16 bataillons d’infanterie présents, 4 sont Écossais et 1 est Irlandais. Les officiers sont tous issus de la noblesse et de l’aristocratie tandis que les soldats sont pour la plupart issus des milieux agricoles. La révolte de 1745 a très largement fait augmenter la solde à l’engagement et c’est donc logiquement que beaucoup de pauvres se sont engagés pour défendre la cause gouvernementale.

Chaque régiment porte le nom de son colonel et compte en temps normal 815 hommes, officiers compris. À Culloden, ils dépassent rarement les 400 hommes.

La nuit du 15 avril, l’armée jacobite tente une attaque surprise mais la marche est longue et désorganisée et l’attaque échoue lamentablement, la plupart des troupes écossaises ne rencontrant même pas l’ennemi.

La bataille de Culloden Moor

Le matin du 16 avril est pluvieux. Les troupes gouvernementales sont reposées et l’armée jacobite est, elle, épuisée… Les hommes n’ont presque rien mangé depuis 24h.
Les forces gouvernementales lèvent le camp et partent dès 5h00 du matin. Les premiers piquets irlandais sont repérés vers 8h00 et à 11h, les deux armées se font face.

Murray, qui commande le flanc droit jacobite, se rend compte qu’en face de lui, un muret va fortement perturber son avancée. Il décide alors, sans consulter ou informer qui que ce soit, de bouger vers l’intérieur de Culloden Moor en formant 3 colonnes. Le duc de Perth interprète mal ce mouvement de troupe et croit à une avancée générale. Le flanc gauche, lui, ne bouge pas.
Le résultat est catastrophique : D’énormes trous se forment dans les rangs jacobites qui sont alors bouchés avec la seconde ligne des troupes. Le prince, lui, est au centre avec une petite escorte et quelques gardes du corps.

Cumberland, quant à lui, étend sa première et sa seconde ligne avec quelques régiments de l’arrière. Il couvre son flanc droit avec une partie de sa cavalerie. Sur le flanc gauche, Hawley se prépare à déborder le flanc droit jacobite. Anticipant ce mouvement, les deux bataillons de Lord Lewis Gordon se sont positionnés au niveau du mur mais les troupes gouvernementales restent hors de portée. Les Gordon décident alors de revenir couvrir l’arrière de l’armée. Les Dragons franchissent alors les murets et se retrouvent face à face avec 3 régiments écossais, à l’arrière de l’armée.

Les 20 minutes qui suivent, l’artillerie gouvernementale prouve sa supériorité en arrosant les rangs écossais tandis que Charles, mis hors de portée, attend que les troupes gouvernementales bougent. Les jacobites essuient le feu ennemi pendant plus d’une demi heure. L’ordre de charger est enfin donné aux Écossais. Le terrain marécageux force alors les troupes écossaises à dévier sur leur flanc droit, les regroupant sous le feu anglais (mousquets et mitraille des canons). Malgré cela, beaucoup d’entre eux atteignent les rangs anglais. Les pertes jacobites sont néanmoins déjà considérables à ce moment de la bataille.

Le flanc gauche jacobite a beaucoup de mal à progresser. Le terrain est très boueux et la distance les séparant des forces gouvernementales est plus grande que pour le reste de l’armée. La charge est ralentie par la boue, les pertes sont énormes. Les MacDonald encaissent des pertes très sévères et tous les officiers de l’unité Chisholms sont tués. Les MacDonald commencent à fuir. Cumberland saisit immédiatement l’occasion en envoyant 2 troupes de Dragons chasser les highlanders. Le terrain empêche les Dragons de poursuivre les troupes en fuite et ils se tournent alors vers les piquets irlandais qui devaient stabiliser le flanc gauche écossais.

Le flanc gauche jacobite est désormais complètement détruit. Murray décide d’envoyer dans la bataille le Royal Écossais et les Gardes de Kilmarnock. Quand ils engagent le combat, l’ensemble de l’armée jacobite est déjà en déroute. Ils tombent alors sur un régiment Campbell, échangent des coups de feu et commencent une retraite en ordre. La milice écossaise ( des forces gouvernementales) commandée par un Campbell, les prend alors en embuscade et les force à se mettre à découvert. Ils se font alors attaquer par 3 escadrons des Dragons de Kerr qui subiront, par ailleurs, de lourdes pertes, prouvant ainsi la férocité et la valeur de ces deux régiments. Les manœuvres du Royal Écossois et des Gardes de Kilmarnock ont, de plus, très certainement donné au prince Charles Stuart le temps de fuir.
Les piquets irlandais, quant à eux, couvriront la retraite des Highlanders, subissant ainsi de très lourdes pertes mais empêchant un massacre supplémentaire.

On peut affirmer que la bataille s’est transformée en massacre. Le duc de Cumberland a ordonné à ses troupes de ne pas faire quartier aux ennemis. La cavalerie gouvernementale donne la chasse aux highlanders et les massacre à vue. On constate également que des civils sont tués par les forces gouvernementales. Les blessés sont achevés sur le champ de bataille et beaucoup prisonniers seront exécutés. Seules certaines troupes françaises seront faites prisonnières sans être passées par les armes. Quelques officiers jacobites faits prisonniers échappent tout de même à une exécution sur le champ pour être décapités plus tard, en place publique. Les jours suivant la bataille, la chasse continue et toute personne suspectée d’être jacobite sera emprisonnée ou exécutée sur place.

Ces exactions vaudront à Cumberland le surnom de “Cumberland le boucher“…

Conséquences

L’armée anglaise ne subit qu’une cinquantaine de morts et 259 blessés. Seul un officier, Lord Robert Kerr, perdit la vie. Un autre, le Colonel Rich perdit une main et fût sévèrement blessé à la tête. Quelques capitaines et lieutenants furent également légèrement blessés.

Les Écossais, qui comptaient approximativement 6000 hommes, ont subi environ 2000 morts. 336 jacobites et 222 Français ont été faits prisonniers.
La chasse aux jacobites qui suivit permit à Cumberland de faire plus de prisonniers et c’est en tout près de 3500 Écossais qui furent emprisonnés.
936 d’entre eux furent vendus en tant qu’esclaves et envoyés dans les champs de coton, dans les colonies.
Plus d’une centaine d’exécutions furent données en place publique, à Londres. Des officiers supérieurs jacobites furent décapités. Beaucoup d’autres prisonniers furent pendus, noyés ou écartelés.

La bataille de Culloden mit définitivement terme aux révoltes jacobites. Charles Stuart, après une  fuite aussi rocambolesque que légendaire, put fuir l’Écosse pour la France. il terminera sa vie alcoolique et ne revit jamais l’Écosse (voir notre article pour plus de détails).

La défaite jacobite laissait le champ libre aux anglais qui n’hésitèrent pas à promulguer des lois cherchant à annihiler le mode de vie écossais. Ainsi, le Dress Act de 1746 interdisait le port du tartan et de la highland dress. Toute personne portant le tartan risquait ainsi 6 mois de prison et l’envoi vers les colonies en cas de récidive. L’interdiction de porter les armes fut renforcée. La cornemuse fut interdite. L’autorité des chefs de clan fut supprimée et le gaélique écossais interdit. Cette loi fût abandonnée en 1782 mais a porté un coup très dur à la culture écossaise et ajouta à la rancœur que le peuple écossais portait déjà envers les Anglais.

Bonus

Un documentaire réalisé en 1964 par Peter Watkins sur la bataille de Culloden (en anglais)

Musique par Deanta : Culloden’s harvest
Les images sont extraites du film diffusé dans le musée de Culloden et du documentaire de 1964.

Sources