Entre le mythe et la réalité, le langage des éventails est codifié et on trouve ses traces jusque dans des manuels pour jeunes femmes, et surtout dans un fascicule publié en 1827 par Duvelleroy (lui-même fabricant d’éventails).

Même s’il y a de réels doutes sur son usage réel, ce langage codé permettait de communiquer entre personnes qui le connaissait.

Un peu d’histoire...

Bois peint, Égypte, entre 2200 et 1800 av. J.-C. © The Trustees of the British Museum

L’éventail existe depuis l’antiquité, où il était fait de plumes pour éventer, ou bien de paille tressée pour entretenir un feu. C’est au 12e siècle qu’il apparait à Venise en tant qu’accessoire, ramené par les Croisés (et non en provenance d’Asie comme il a d’abord été supposé).

Très vite, il devient un symbole de la noblesse et se pare de tissus et de broderies. Au départ, il était utilisé par les hommes comme les femmes, jusqu’à devenir exclusivement un accessoire féminin.

Au 16e siècle, l’éventail est présent dans toutes les cours européennes et les premiers modèles pliés apparaissent. La forme la plus répandue est en demi-cercle : que ce soit le « plié » (avec une feuille qui se replie sur elle-même en accordéon) ou bien le « brisé » (avec des lattes rigides indépendantes). Sa fabrication prend de l’ampleur, et une corporation des éventaillistes est même créée en 1678.

Au 17e siècle, les décors deviennent des tableaux miniatures, les supports se parent de dorures et de gravures fines. Certains sont même fabriqués avec des éléments luxueux : pierres précieuses, taffetas florentin, or, et autres raretés. L’objet devient à lui seul une petite œuvre d’art, tout autant qu’un bijou. Certains éventails servent aussi de messages avec leurs scènes ornées porteuses de sens, lorsqu’ils s’offrent en cadeau.

Un incontournable !

L’éventail devient alors un accessoire indispensable, pouvant souligner le langage corporel, une gestuelle, un mouvement pour guider le regard vers un décolleté audacieux, une manière d’attirer l’attention. «Women are armed with Fans as Men with swords, and sometimes do more Execution with them» («L ’arme des femmes est l’éventail, comme l’épée est celle des hommes, et l’un fait parfois plus de victimes que l’autre»), constatait Joseph Addison dans The Spectator en 1711.

Aucune femme ne peut sortir dans le monde sans le sien, et certains se déclinent suivant les moments de la journée. Sur les tableaux et les portraits, ils y figurent au même titre que les bijoux, permettant d’avoir de nos jours une riche iconographie.

Portrait of a young woman with a fan, possibly Duchess Christiana of Mecklenburg Strelitz (1735–1794, Daniel Woge

Le langage des éventails

Ainsi, l’éventail a gagné non seulement ses lettres de noblesses, mais il est aussi devenu la source d’un mystère : tous ces gestes féminins seraient-ils une manière de s’exprimer ? Que ce soit pour flirter, ou selon les premières suppositions, pour discuter entre elles ? La rumeur dit qu’il fût inventer par les dames qui s’ennuyaient dans leurs salons parisiens, mais aucune source sérieuse ne l’a prouvé. On dit aussi que les femmes espagnoles utilisaient beaucoup ce langage appelé « campiología » pour exprimer leurs sentiments en respectant la bienséance (même si ces gestes diffèrent de celui des cours européennes). Selon les archives partagées par le National Trust for Scotland, les femmes écossaises utilisaient le langage des éventails pour contourner la surveillance stricte de leurs chaperons. Enfin, il se peut que ce ne soit qu’un habile moyen commercial de faire de la maison Duvelleroy un incontournable de la vente de cet accessoire luxueux.

The Fan (c. 1875), by James Tissot. Oil on canvas, Wadsworth Atheneum Museum of Art, Hartford, Connecticut.

Ainsi, même si la plupart des historiens en doutent, voici quelques éléments de ce langage tel qu’il a été diffusé entre le 18e et le 19e siècle (ceci est une compilation la plus fidèle possible en croisant plusieurs sources).

  • Dire oui : le poser sur la joue droite
  • Dire non : le poser sur la joue gauche
  • Prévenir qu’on est surveillé : le glisser sur le front
  • Être ouverte à la rencontre : le tenir dans la main gauche
  • Demander à être suivie : le tenir dans sa main droite face au visage
  • Demander à ce qu’il y ait une discussion : toucher l’extrémité avec son doigt
  • Demander à garder un secret : couvrir l’oreille gauche avec l’éventail ouvert
  • Demander à être laissée tranquille : couvrir l’oreille gauche avec l’éventail fermé
  • Dire qu’on en aime un autre : le faire tournoyer dans la main droite
  • Dire sa jalousie ou signifier la cruauté de la personne : l’ouvrir et le fermer rapidement
  • Dire qu’on est désolée : le passer devant les yeux
  • Signifier que la personne a changé : le poser fermé contre l’oreille droite
  • Signifier son impatience : taper plusieurs fois un objet avec l’éventail
  • Signifier son mécontentement : le fermer d’un coup sec
  • Je vous déteste : passer l’éventail d’une main à l’autre
  • Je vous aime : le faire glisser le long de la joue jusqu’au menton, ou encore le poser sur le cœur
  • Vouloir être embrassée : le porter à ses lèvres à moitié ouvert
  • Vouloir rester seulement amis : le laisser tomber

Article écrit par Lalex

sources